SSRE-SSFE-congrès annuel 2026
17-19 Juin 2026
Haute école pédagogique de Saint-Gall
Programme de la conférence
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SYMP 24: Réseaux, formations et pratiques: panorama suisse des questions de genre en éducation
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Réseaux, formations et pratiques: panorama suisse des questions de genre en éducation En Suisse, les questions de genre traversent l’ensemble des systèmes éducatifs : école obligatoire, formation professionnelle, hautes écoles pédagogiques, universités, HES, travail social, éducation non formelle. En outre, dans un contexte où les études de genre sont reconnues comme une discipline transversale, différentes approches existent, lesquelles analysent le genre dans ses intersections avec d’autres inégalités (sexualité, race, classe, âge, handicap), selon une perspective intersectionnelle (Crenshaw, 1989). Ces perspectives répondent d’ailleurs à une demande croissante des milieux de la formation et des professionnel·les en quête d’outils (Case, 2016 ; Grossenbacher, 2006; hooks, 1994 ; Villa-Nicholas, 2018). Une recension systématique de la Revue suisse des sciences de l’éducation (RSSE) (2000–2019) montre d’ailleurs combien la diversité et l’égalité – dont le genre – constituent des thématiques de recherche structurées en sciences de l’éducation. Il apparaît néanmoins qu’elles restent marquées par certains angles morts, notamment les questions LGBTQI+ et l’approche intersectionnelle en éducation (Moody & Valarino, 2021), et plus récemment, par de fortes offensives visant à discréditer ces thématiques et la discipline venant d’acteurs politiques comme souligné par Éric Fassin (Charvet, 2025 ; RESIST Project Team, 2024). C’est dans ce cadre que ce symposium a été conçu, visant à problématiser ces enjeux à travers trois interventions :
Ce symposium, à forte dimension participative, répond à un second objectif : initier une dynamique autour d’un groupe de travail en construction (au sein de la SSRE, groupe de travail Gender-ed+, dont l’objectif est de constituer un réseau sur le genre dans l’éducation-formation). Ce symposium s’adresse à des personnes intéressées par la thématique (chercheur.euse, professionnel·les, étudiant·e·s), afin de produire une réflexion collective entre les participant·e·s et les membres du groupe. Il s’agira de discuter de l’apport d’un réseau comme celui-ci dans le paysage suisse, de l’impact des études de genre en éducation et formation, ainsi que des conditions structurelles de la recherche et de la formation dans le contexte contemporain – leurs obstacles, limites et potentialités – afin d’envisager un « avenir de qualité ». Présentation du symposium Les réseaux de recherche genre–éducation–formation en Suisse : un état des lieux Pourquoi s’intéresser aux réseaux de recherche portant sur le thème « genre – éducation – formation » en Suisse, dans le cadre de la Société suisse de recherche en éducation ? Cette présentation a comme objectif de construire collectivement un état des lieux des recherches et réseaux travaillant sur le genre en éducation en Suisse, afin d’alimenter la réflexion sur la création et le développement d’un groupe de travail national : Gender-ed+. La première partie vise à interroger l’actualité des recherches sur les questions de genre en éducation. Elle s’appuie sur une analyse qualitative et quantitative des occurrences liées au genre dans la revue RSSE, dans la continuité des travaux de Moody et Valarino (2021), qui ont conduit cet exercice sur le thème de l’égalité entre 2000 et 2019. La méthode consiste en une recherche quantitative d’occurrences par mots-clés, ainsi qu’en un repérage des thématiques en lien avec le genre dans une perspective qualitative, sur l’ensemble des numéros parus entre 2019 et 2025. Cette démarche permettra d’étudier la représentativité des questions de genre dans la revue RSSE et, par extension, dans une partie de la recherche nationale. Afin d’obtenir une vision plus complète de la place accordée aux questions de genre dans la recherche en éducation, la deuxième partie présentera un état des lieux des réseaux suisses travaillant sur ces thématiques. Cette analyse s’appuiera sur une recherche préalable par le biais d’un dispositif participatif qui prévoit une consultation des membres du réseau Gender-ed+. Les résultats escomptés de cette présentation visent à contextualiser et discuter l’intérêt de constituer un réseau comme Gender-ed+, à mieux comprendre le contexte actuel de la recherche, ainsi qu’à identifier d’éventuels défis, limites ou éléments favorables en lien avec les institutions politiques. Ceci débouchera sur une mise en perspective de l’actualité des controverses liées au genre à l’école, notamment les offensives politiques contre les études de genre en Europe (RESIST Project Team, 2024) en nous appuyant notamment sur des travaux étudiant ces problématiques et leurs conséquences sur la recherche (Cabral Grinspan et al., 2023 ; Kuhar & Paternotte, 2017). Cette présentation repose sur une méthodologie mixte (analyse d’un corpus de texte, discussion de la littérature en étude de genre) et fait appel à un dispositif participatif qui s’inspire de la recherche-action (Pelt & Poncelet, 2011). Les formations initiales des enseignant·e·s aux questions de genre en Suisse : un état des lieux La formation des enseignant·e·s aux questions de genre constitue un levier fondamental pour prévenir la reproduction des stéréotypes genrés et promouvoir un enseignement égalitaire (UNESCO, 2022). En Suisse, cette formation relève des cantons et peut être assurée par des hautes écoles pédagogiques (HEP) ou universitaires, comme dans le cas du canton de Genève (CSRE, 2023). La Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) veille à garantir une certaine uniformité dans les exigences minimales concernant, entre autres, les contenus des enseignements et la qualification des enseignant·e·s, en s’appuyant sur la Constitution fédérale et sur le droit intercantonal en matière d’éducation (CDIP, s. d.). Cela inclut la formation du corps enseignant aux questions d’égalité de genre. Depuis les années 1970, la CDIP s’est régulièrement prononcée sur l’égalité entre femmes et hommes dans l’éducation, publiant plusieurs recommandations influencées par les politiques nationales et cantonales en faveur de l’égalité. En 1996, la Commission formation des enseignants et la Commission pédagogique, s’appuyant sur les recommandations de 1993 de la CDIP (CDIP, 1995), ont publié un document appelant à rendre l’égalité de genre obligatoire dans la formation du personnel enseignant. Ce texte souligne le rôle central du corps enseignant et recommande d’inclure la dimension genre dans toutes les disciplines de la formation, ainsi que d’amener les enseignant·e·s à analyser leurs représentations genrées et pratiques pédagogiques de manière critique pour garantir un enseignement égalitaire (Grossenbacher, 2006). Malgré ces recommandations, la mise en œuvre de ces formations reste largement dépendante des cantons et des institutions de formation. Comme le souligne Grossenbacher (2006), les démarches visant à institutionnaliser ces enseignements ont été souvent initiées par des membres du corps professoral, principalement des femmes, ou des groupes sensibles aux questions genre. À Genève, par exemple, elles se concrétisent en 2007, après un long processus institutionnel et militant, avec l’introduction d’un enseignement « genre » dans le programme de la formation des enseignant·e·s du primaire et du secondaire, ainsi que la création d’une Chaire d’enseignement et de recherche sur le genre en éducation et formation (Collet, 2018; Collet & Grin, 2013). Ces différences intercantonales entraînent des disparités importantes dans l’offre, ainsi que de la manière de traiter ces enjeux. À titre d’exemple, une analyse préliminaire des programmes recensés sur la plateforme Gender Campus montre que seules trois institutions, notamment la HEP Vaud, la FHNW et l’Université de Genève proposent des cours spécifiques sur ces questions en formation initiale. Cette présentation s’appuiera sur une analyse documentaire des différents programmes recensés sur les sites officiels des différentes institutions en charge de la formation initiale du corps enseignant en Suisse, ainsi que sur la littérature académique. Les critères d’analyse porteront sur la présence de cours spécifique, leur statut – obligatoire ou optionnel – ainsi que leur contenu. À travers cette cartographie, l’objectif est de mieux comprendre la répartition géographique et institutionnelle de ces formations, ainsi que la nature des contenus proposés. En rendant visibles les dispositifs existants et les disparités cantonales, cette présentation donne les bases nécessaires pour amorcer une réflexion à l'échelle nationale dans le cadre du groupe de travail Gender-ed+ sur la manière dont l’égalité est comprise par les différentes institutions et sur les actions qui restent à entreprendre en matière d’égalité dans la formation enseignante. Ce travail contribue ainsi à repenser l’éducation dans une perspective de démocratie et de responsabilité. Formation continue des enseignant·es et rapports sociaux de sexe : ségrégations et contraintes différenciées dans une haute école pédagogique suisse Les dispositifs de formation continue certifiante destinés au personnel enseignant constituent un objet d'analyse privilégié pour saisir les mécanismes de reproduction des rapports sociaux de sexe (Kergoat, 2005) dans le champ professionnel. Si ces formations sont régulièrement investies d'un potentiel émancipateur (Ollagnier, 2010), leur examen empirique conduit à interroger les conditions concrètes – matérielles, temporelles, symboliques – dans lesquelles s'effectue l'accès aux ressources formatives. Cette communication examine le cas d'une haute école pédagogique de Suisse romande, institution traversée par une tension entre l'affirmation formelle d'un principe d'égalité et le déploiement de pratiques susceptibles de reconduire des asymétries sexuées. L'enquête repose sur un dispositif méthodologique mixte combinant analyse quantitative et investigation qualitative. Le premier volet porte sur vingt formations de niveau postgrade proposées entre 2022 et 2024. Les données d'inscription ont été soumises à une analyse descriptive comparative visant à établir la distribution sexuée des effectifs selon les domaines de spécialisation, rapportée aux données de référence concernant la répartition femmes-hommes au sein du corps enseignant par degré d'enseignement. Le second volet repose sur deux dispositifs qualitatifs : une observation participante au sein d'une communauté de pratiques réunissant cinq responsables de formation, puis un dispositif de restitution collective rassemblant dix-huit acteurs et actrices institutionnels. Le matériau recueilli a fait l'objet d'une analyse thématique articulant codage déductif et inductif (Mucchielli, 2006), permettant l'identification de quatre ensembles thématiques relatifs aux modalités d'accès, aux contraintes temporelles, à la valorisation différenciée des savoirs et aux représentations institutionnelles. L'analyse révèle trois dynamiques significatives. En premier lieu, la répartition des participant·e·s fait apparaître des formes de ségrégation horizontale qui ne se réduisent pas à la structure démographique de la profession. Les formations orientées vers les fonctions de direction et de leadership présentent une participation féminine inférieure à la proportion de femmes dans le corps enseignant des degrés concernés. À l'inverse, certaines formations à dominante relationnelle ou de consolidation pédagogique montrent une surreprésentation féminine. Cette distribution différenciée invite à interroger les mécanismes sociaux qui structurent inégalement les trajectoires de développement professionnel. En deuxième lieu, les conditions matérielles d'accès aux formations révèlent des asymétries substantielles selon le sexe. Les témoignages documentent la manière dont les responsabilités familiales pèsent différemment sur les possibilités d'engagement formatif. Les femmes se trouvent davantage confrontées à la nécessité d'ajustements quotidiens ainsi qu'à des interruptions contraintes liées aux congés maternité. L'organisation temporelle des dispositifs formatifs, adossée à des normes implicites présupposant une disponibilité continue, tend à pénaliser les parcours marqués par des discontinuités. Les infrastructures institutionnelles se révèlent parfois inadaptées, comme l'illustre le détournement d'espaces dédiés à l'allaitement. Ces obstacles constituent des facteurs discriminants dans l'accès aux formations les plus longues. En troisième lieu, l'examen des échanges institutionnels met au jour l'existence d'une hiérarchisation implicite des formations selon leur valorisation symbolique et matérielle. Les formations conduisant à des fonctions hiérarchiques apparaissent à la fois mieux reconnues – ouvrant droit à des décharges horaires et des primes salariales – et davantage investies, proportionnellement, par les hommes. Les formations centrées sur les dimensions pédagogiques du métier bénéficient d'une moindre reconnaissance institutionnelle, reproduisant ainsi des formes de dévalorisation des compétences associées au féminin. Ces résultats s'inscrivent dans le prolongement des travaux documentant la persistance de ségrégations professionnelles sexuées et les effets différenciés de l'articulation entre sphères familiale et professionnelle (Fournier & Sigot, 2009). L'absence de formations explicitement sensibles aux inégalités de sexe interroge les conditions de possibilité d'une transformation des rapports sociaux par ces dispositifs. L'analyse invite à penser les politiques de formation continue non comme des instruments neutres de développement professionnel, mais comme des espaces sociaux traversés par des rapports de pouvoir qu'il importe d'objectiver pour envisager leur transformation. | ||
